Thyvia…la suite
Voir l’article ‘Sauvez Thyvia’, novembre 2009
Beaucoup d’entre vous ont été touchés par l’histoire de Thyvia, cette jeune Sri Lankaise de 17 ans qui avait été emprisonnée avec 5 autres membres de sa famille quand un bon matin, la police Thaïe avait tout simplement décidé d’arrêter sans aucun motif les réfugiés résidant dans ce building. Thyvia m’a envoyée un courriel dernièrement. Sa famille a réussi a amassé l’équivalent de 50 000baht (1700$CAN) par membre pour obtenir une liberté sous caution. Elle est à Bangkok alors que je suis à Chiang Mai (10hres de route), et j’essaie d’entrer en contact avec elle. Un de ses frères aîné qui n’avait pas été arrêté par la police a pour sa part été reçu comme immigrant politique aux Etats Unis.
Saviez-vous que…
Il y a plusieurs tribus qui migrent en Thaïlande en provenance du Laos et de la Birmanie depuis plus d’un siècle. Certains membres de ces tribus sont toujours illégaux, et parce que ces tribus habitent des places reculées, le gouvernement Thaï ne priorise pas leur éducation. Je vous ai parlé dans un précédent article des femmes de la tribu des Hmong que nous accueillons très
souvent. Dernièrement, j’ai consulté une avocate Thaïe afin de vérifier les droits d’une de ces femmes qui après être retournée dans son village, forcée de vivre avec un mari choisi par son père et pour lequel elle n’a aucun sentiment, avait commis une tentative de suicide. L’avocate m’a dit : ‘Elle a fait son choix. Elle est retournée là-bas.’ J’avais beau expliqué qu’elle avait été forcée et qu’elle était divisée entre quitter, vivre seule, sans famille et sans moyens financiers, à contre-culture, ou à tout le moins être malheureuse mais avec des gens pour la supporter, du moins matériellement. L’avocate, toujours de cet air détaché m’a répondue : ‘Les femmes Hmong sont celles qui commettent le plus de suicide car elles n’ont aucun droit. Les hommes ont tous les droits.’ Je suis sortie du bureau abasourdie. Elle m’a aussi fortement recommandée de ne pas aller me montrer la fraise au village pour aider cette femme et m’a suggérée de monter un groupe dans le même village pour aider ces femmes à se faire entendre et respecter…euh , je suis un peu confuse là !
Démocratie & Empowerment
‘Détruire quelqu’un peut se faire en quelques secondes, construire quelqu’un prend toute une vie.’
Dans la culture Thaïe, on ne confronte pas une personne en autorité. La personne en autorité a le droit d’écraser et d’humilier comme elle le veut : elle a raison et vous avez tort. Dans les écoles on assiste à des scènes ou les
enseignants engueulent/humilient les étudiants et la punition physique est encore de mise, bien qu’interdite depuis quelques années selon le code de loi. À WH, lorsque les femmes ne veulent pas collaborer nous avons un système et de règles et conséquences qui a pour but de les faire réfléchir et les responsabiliser. On prend le temps de discuter avec elles, et s’il faut être ferme pour la croissance de la femme nous le faisons en la privant d’un privilège. D’autres fois, nous laissons une seconde chance.
Dernièrement, les femmes étaient insatisfaites de notre responsable des femmes, celle qui est ma précieuse collaboratrice et organise leur travail. Elle a grandi en Thailande tout comme elles. Quand une femme a la chance de devenir une leader dans notre communauté parce qu’on lui reconnaît certains talents, elle va généralement refuser. Pourquoi ? Parce qu’elles craignent la jalousie des autres. Parce que lorsqu’elles deviennent leader, comme beaucoup d’entre nous, équilibrer ce qui relève de la tâche d’autorité et préserver une bonne relation sans se gonfler l’égo est un défi de taille. Bref, les femmes entrent souvent en conflit avec notre responsable des femmes qui pleine de bonne volonté et d’humilité s’ajuste.
Les femmes étaient insatisfaites et nous ont écrit une lettre. Elizabeth et Michael, les fondateurs ainsi que moi-même, nous nous sommes assis pour les écouter. La lettre était anonyme ; personne ne voulait en prendre responsabilité…probablement par peur de se faire rabrouer par nous, l’autorité. J'ai dit: 'Écoutez les filles, on ne peut pas régler le problème si je ne sais pas qui a écrit la lettre: si c'est une personne, on parlera avec cette personne pour voir comment on traite la situation, si vous êtes plusieurs, on va regarder ça ensemble.' Petit à petit, les femmes ont admis avoir toutes pris partie à la lettre. Nous leur avons donné la possibilité de donner leur opinion qui évidemment concernait surtout les insatisfactions. Après avoir fait la liste des points à corriger, je leur ai demandé : 'quelles sont les forces de notre responsable des femmes ?' Silence. Les yeux fixent le sol. ‘Come on les filles, il faut être honnête ici. Chaque trois mois, vous avez votre évaluation, et on ne s’attarde pas que sur vos points faibles, mais on identifie vos forces sur lesquelles vous pouvez bâtir’. Silence. Puis tranquillement, un pied en avant, un pied en arrière, elles ont nommé les forces de notre responsable des femmes, pour un regard plus juste. Détruire quelqu’un peut se faire en quelques secondes, construire quelqu’un prend toute une vie.
Nous avons souvent donné la parole aux femmes, mais elles ne l’ont jamais prise certainement pour des questions culturelles. Elles disaient :’ Andrée (Elizabeth, Michael), c’est comme vous pensez.‘ Cette fois, elles se sont affirmées et ont été écoutées. La démocratie ne peut être imposée par le haut, elle doit venir de la base, et j’en ai eu la preuve concrète ce jour-là.
Elles ont proposé qu’une fois par mois, elles puissent évaluer un des membres du personnel…on attendait cela de leur part depuis des mois leur disant chaque que tous les membres de notre communauté ont besoin de connaître leurs pistes de croissance.
En me couchant ce soir-là et priant Jésus, je lui ai dit : 'J’espère que ça va vraiment dans le sens de ce que ces filles ont besoin et de ce que tu t’attends de nous de faire. J’espère que nous ne sommes pas aller à contre-culture ou avons essayé d’imposer notre manière de faire occidentale. Donner une voix et droits à ceux qui n’en ont pas, c’est bien ça que tu nous demandes de faire ?'
Andrée:)
Super cette réflexion sur les enjeux culturels de nos interventions "externes" ... Vous faites preuve de sensibilité et de discernemement, il me semble! Bravo!
RépondreSupprimerAndré T.
Montréal
Comme c'est important de donner la place à la découverte une parole vraie, comme c'est important d'être là à soutenir des femmes dans leur démarche vers la dignité et le respect de soi.
RépondreSupprimerMerci à vous de faire ce travail pour créer plus l'intégrité dans ce monde.
Suzanne Guy