jeudi 17 février 2011

Une vérité bien différente...


Une de nos femmes, Lili, nous est arrivée bien enceinte en Octobre. Après avoir refusé d’être la seconde épouse d’un mari négligent et de sa famille intransigeante, ajouté d’une première épouse jalouse, du haut de ces 16 ans, elle est arrivée bien confidente de reconstruire sa vie par son passage à Wildflower. Elle ne pouvait rester dans son village de la tribu des Hmong ou une mère célibataire est rejetée. Rapidement elle a gagné notre confiance par son sens des responsabilités, de l’initiative, son service et sa gratitude. Elle m’a demandé de choisir le nom de son futur nouveau-né. J’ai gardé ce secret pour moi et me sentais à la fois touchée, mais aussi anxieuse de choisir un nom Thai. Je me suis emparée du livre des prénoms. Entre temps, j’ai appris qu’elle avait fait la même demande à Steve, le coordonnateur de la garderie. On s’est dit qu’on regarderait ça ensemble. Donc un matin, je me suis tapée quelques dizaines de pages de prénoms Thai et leur signification et en ai proposé une vingtaine à Steve. On en a retenu 3 et les avons proposé à Lili. Lili a choisi celui qu’elle préférait et semblait jubiler. Quelques semaines plus tard, elle donnait naissance à une belle petite fille. Je suis allée la visiter à l’hôpital avec notre responsable des femmes, PaNong qui lui a demandé qu’elle était le nom de cette magnifique petite poupée…silence. J’ai senti que quelque chose clochait. Deux jours plus tard, je suis revenue la visiter avec Steve qui a demandé qu’elle était son surnom. Elle nous avait qu’elle choisirait le surnom (tous les Thais ont un surnom, un nom plus court que leur vrai nom)…toujours le même silence. Le surlendemain, je revenais avec notre secrétaire, Nong Lek, qui devait remplir les papiers pour la sortie de l’hôpital. Ils ont eu une conversation que je n’étais pas certaine de bien saisir. Nong Lek a disparu quelques minutes et j’en ai profité pour discuter avec Lili : ‘Tu sais parfois on change d’idée quand on voit le visage de notre bébé et on veut un autre nom’. En fait, il semble que le nom devait être choisi en fonction du jour de la semaine de sa naissance. Petite puce avait le nom d’un jeudi alors qu’elle s’est pointé le bout du nez un vendredi. Je gardais tout de même une frustration que je partageai plus tard avec Steve : Pourquoi ne nous a-t-elle pas averti de cette réalité? Pourquoi une fois à l’hôpital ne nous a-t-elle pas informé de cela? Le nom m’importait peu en fait, mais le silence me pesait. Je connaissais déjà la réponse : elle n’avait rien dit pour ne pas me blesser. Un silence que je connais maintenant trop bien ici en Asie et qui parfois semble un mensonge pour nous Occidentaux. Steve, de part son expérience en Asie depuis plus longtemps que moi et parce que sa famille est aussi Asiatique(il a grandi aux États-Unis), avait plus de sagesse et de sang froid que moi : Lili voulait simplement nous faire sentir que nous étions des gens importants pour elle, mais ne troquerait jamais ses traditions ou encore plus de franchise culturelle pour éviter ce choc. Ces petits chocs du quotidien, ces semi-vérités, ces silences, bien qu’ils puissent parfois miner la confiance en l’autre selon notre point de vue occidental avait pour but de préserver la relation en son sens à elle. Trop de franchise peut aussi être violent et tuer la relation ou blesser très profondément, je me rends compte après 2 ans et demi. Sommes nous toujours prêt à accepter toutes nos vérités? On se prend un peu moins au sérieux avec le temps et on laisse ce silence faire son temps jusqu’à ce que le bon moment, l’ouverture du cœur y soit pour dire et recevoir. Nous sommes peut-être un peu trop rapide en Occident à dire les 4 vérités à quelqu’un qui n’est pas prêt à les recevoir et on le blâme de manque de maturité s’il ne sait pas comment bien réagir avec ce qu’on lui dit. Rien n’est parfait que ce soit en Occident ou en Orient, mais j’apprends sur comment la vérité a son moment, et comment l’amour est toujours premier en toutes circonstances!