mardi 9 mars 2010

Tout à tous....toute à toutes!


Je suis débarquée à Chiang Mai le 30 janvier après 10 hres de nuit dans le bus, puis je suis allée récupérée mes pénates à la gare en après-midi avec l’aide d’Elizabeth, la fondatrice-directrice de WFH. Phii Prapaat, la proprio, avait veillé à ce que ma chambre soit des plus accueillante avec déjà quelques sachets de café instantané et des biscuits. Et jusqu’à maintenant, elle continue de m’offrir des biscuits et des bananes au moins une fois semaine qu’elle laisse à l’extérieur de ma chambre …ou dans ma chambre. Elle doit s’inquiéter, car j’ai perdu un peu de poids ici…faut dire que la soupe de poisson dont les Thais raffolent à WFH m’a déjà rendue malade, donc je ne suis pas trop fan. Le gardien est tout aussi attentionné. Il sait quand je pars, quand je reviens, me demande ou je vais, m’a donné son numéro de téléphone. Si un ami vient me conduire en camion tard le soir, il n’ouvrira pas facilement la barrière à moins que je ne lui signale ma présence. Rassurant d’un côté, mais d’un autre je sens que l’espace à la vie il y en a de moins en moins. Dans le quartier on a remarqué la nouvelle Farang. Quelques marchands essaient de m’apprendre quelques mots du thai du nord ou me font des prix spéciaux. Un jour, j’ai vu notre gardien assis avec ma marchande de pomelo…tout le monde a su que j’allais à Mae Sot et que je revenais…ouf! Si jamais un amoureux se pointe le bout du nez, ça fera jaser dans le quartier à coup sûr. Cette immersion dans la vie privée, je la vis aussi à Wild Flower. Tout le monde sait tout de tout le monde. En tant qu’intervenante, j’essaie de garder la confidentialité que ce soit sur mon ordi ou les papiers, mais comme je travaille dans le même atelier ou elles font la couture et ou les filles aiment bien venir traîner, j’en ai parfois une ou l’autre par-dessus mon épaule, ou regardant mes papiers, me posant quelques questions. Même chose si j’essaie d’avoir une rencontre en privée avec une des filles. Elles viennent s’asseoir à côté de la fille que je rencontre et je dois parfois dire 2-3 fois avec insistance que c’est une rencontre privée. Confidentialité difficile car elles aiment bien bavasser, mais beaucoup de secrets, beaucoup de choses dont elles ne parlent pas facilement quand il s’agit d’elles. Quand ça devient plus personnel, j’ai le droit à : « May pen lay » (c’est pas grave) avec un grand smile. Ici tout est à tout le monde. On dirait en travail social, tout et tout le monde est « enchevêtré ». Les femmes ont un matelas simple et y dorment avec leurs enfants de 0 à…. Même chose dans les familles Thaies, mes profs me racontaient comment tout le monde dort ensemble dans la même chambre sur une paillasse…parfois pour économiser l’air climatisée, parce qu’il n’y a pas assez de chambre, parce que c’est plus agréable en gang.. J’entends déjà mes amies psy se scandaliser qu’après 5 ans, les enfants dorment encore avec leur mère. Les relations ne sont pas les mêmes. Il y a beaucoup d’émotivité dans les relations. Les femmes frappent leurs enfants, mais en généralement elles restent en contrôle. Bien que je n’ai encore émis aucune opinion claire à ce sujet, la plupart évoque le fait qu’elles ne savent pas quoi faire d’autre et éprouvent une certaine culpabilité. Elles savent que parfois elles perdent le contrôle d’elles-mêmes et que dans ces moments là elles deviennent destructrices. C’est arrivé à une d’entre elles sous mes yeux et ceux de la communauté. Elle s’est mise à kicker à grand coup de pieds dans son petit de 1 an et demi. Tout de suite un autre des femmes a pris l’enfant. Elles savent très bien qu’elle est la limite entre une tape de correction et une violence destructrice. La plupart en ont été victime de la part de leurs parents ou de leur conjoint. En apparence patriarcale, on dit que c’est une culture matriarcale. La femme doit voir à ce que la famille ne manque de rien car les hommes ne sont pas trop fiables : ils boivent et cherchent une seconde épouse. La plupart des femmes ont vécu cela. C’est une des raisons pour lesquelles il y a temps de prostitution en Thailande ou qu’elles zieutent les Occidentaux. Les filles partent du Nord pour aller à Bangkok trouver un revenu pour leur famille, car le père et les frères ne sont pas toujours fiables. Tant qu’il y a de l’argent qui rentre, il n’y a pas trop de question de la part de la famille. Les femmes Thaies ne posent pas trop de question n’ont plus à leur conjoint. J’ai été surprise que certaines ne connaissaient pas le travail de leur conjoint, leur antécédents (certains avaient commis des crimes), et leur double-triple vie parfois. C’est un défi auquel je suis confronté, parfois un manque de confidentialité, mais aussi un manque de transparence; elles ne croient pas important de vous dire tel ou tel détails, et vous apprenez sur le tas peu à peu le reste de leur vie. Bien que confidentialité et transparence semblent être des concepts opposés, ils demandent en fait jugement pour savoir ce qui doit être annoncé publiquement ou non, pour le bon fonctionnement pour une vie en communauté. D’où une impression en tant qu’Occidentale, qu’on se complait dans les potins, mais que parfois on prend des décisions dans mon dos, car on n’a pas crû bon de m’en parler quand il s’agit de choses importantes….d’autant qu’ici que je le veuille ou non, je suis perçue comme une figure d’autorité. Si chez nous une personne en autorité doit constamment fonctionner en partenariat et en transparence avec ses subalternes, ici la perception est beaucoup plus hiérarchique et on craint l’autorité d’où l’effet du secret. Selon ce que j’ai pu expérimenter depuis l’an dernier, cela semble renforcé par la perception qu’elles ont des Occidentaux, une tiraillement entre un genre d’admiration, de jalousie et une volonté de rester qui elles sont, de ne pas se faire assimiler par ce monde. Établir un rapport plus démocratique prendra des siècles car j’ai moi aussi mes propres perceptions et jugements : n’avons-nous pas tous tendance à croire que notre façon de faire reste la meilleure?

Les Thaies par cette facilité de contact et ce partage vous font sentir bien. Mais tout est à tout le monde (me semble que j’ai déjà dit ça avant, non?). Donc si je laisse traîner un de mes trucs, je ne sais jamais ce qu’il va arriver. Un jour, j’ai oublié mon polar. Le lendemain, je l’ai retrouvé par hasard suspendu à une des chaises de la salle commune avec le chat qui dormait dedans. Tiens, ça m’apprendra. Les enfants appartiennent à tout le monde et on ne leur prête pas une attention démesurée ou surprotectrice comme en Occident, ce qui les rend surprenament autonome et pas en quête d’attention constante. Les plus petits s’accrochent à l’adulte qui passe. Surtout s’ils ont besoin tel qu’être changé. Ici, les enfants ne portent pas de couches que ce soit jetable ou en tissus, de simple pantalon qu’on change quand ils sont mouillés ou plein de m……Donc quand vous prenez un enfant, vous ne savez jamais, ce qui va vous tombez dessus. En plus des nez qui coulent et qu’on essuient allègrement avec la manche, le foulard ou le bas de sa robe comme la petite Milie fait du haut de ses 3 ans (cette robe était portée par une autre petite fille du groupe la semaine dernière, tiens, c)est curieux) tout en me racontant que les garçons se marient avec les filles. Et puis un après-midi alors qu’un des bébés pleurait à s’en arracher les poumons parce sa mère était parti, je le prends tranquillement dans mes bras pour essayer de le calmer, une autre femme en charge de le garder me dit : J’ai essayé moi aussi…J’ai essayé de lui donner mon lait aussi. », j’ai essayé de ne pas sourciller…quand je disais que tout est à tout le monde et je me suis dit : « Du calme cocotte, rappelle toi l’époque des nourrices…. »

Donc mon défi comme intervenante sociale est multiple car en plus de plus langage, je dois trouver les codes culturels pour voir qu’est-ce que ça veut dire pour elles une meilleure vie. Mais la première étape est certainement de savoir que je fais partie de cette communauté de femmes. Ce que j’adore de ma profession (et vocation) est que j’apprends tellement à travers elles tout comme c’était le cas au Québec. Au Québec, c’est moi qu’on traitait « d’enchevêtrée » et de trop émotive….finalement, tout est relatif.

Mon temps préférée…notre méditation du matin. Que l’on soit Bouddhiste, Animiste, Chrétienne, on prend 5 minutes de silence ensemble, un petit meeting pou savoir qui fait quoi, une petite tune en Thai ou en anglais pour accueillir la journée et on se prend la main pour demander une bénédiction pour la journée.

Bon Carême

Andrée;)

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