mardi 3 novembre 2009

Comment les enfants changent le monde...

Pendant mon deux semaines de discernement, j’ai eu la chance de rencontrer des gens intéressants qui peuvent parfois avoir l’air des anges sur la route. Quand j’étais à Chiang Mai, nous nous sommes rendus avec Elizabeth, la directrice de Wildflower Home pour rencontrer l’évêque. Susan, une missionnaire laïque Canadienne (Scarborough), Olga, missionnaire laïque Philipina (PCLM) et Billy missionnaire laïque Américain pour les Maryknolls, tout comme Elizabeth, se sont joints à nous. Le but était de faire connaître à l’évêque la présence laïque et comment avoir son appui dans leur projet respectif. Billy et sa femme Kathleen sont en Thaïlande depuis 15 ans. Ils ont deux filles qui ont grandi ici. Elles ont le corps d’occidental mais le cœur oriental, dit-on. Billy s’est mis à nous raconter l’histoire de Baan Phonsawan. Baan Phonsawan signifie maison des talents ou encore mieux maison du résultat du ciel (phon=résultat ou effet et sawaan =ciel dans le sens paradis). Mon amie Erica qui a été ma formatrice au CIFM y a été impliquée 4 ans. Kathleen et Billy étaient impliqués auprès des tribus des montagnes qui ici n’ont aucun droit et ne sont pas reconnus comme citoyens Thaïs, donc par conséquent ne peuvent pas avoir un vrai travail, ce qui les maintient dans la pauvreté. Comme ils sont pauvres, ils n’ont pas l’argent nécessaire pour aller étudier très longtemps (rarement au-delà de la 6e année du primaire). Il y a plus ou moins 15 ans, Kathleen et Billy était à ramasser de l’argent afin de créer une fondation qui aiderait ces enfants des tribus à avoir accès à l’éducation.

En Chine, pendant ce temps là, il y avait un petit garçon de 7 ans atteint du cancer. Il ne lui en restait pas long à vivre. Il était inscrit à la fondation : « Make a wish » qui permet aux enfants en phase terminal de réaliser un dernier vœu. Ce petit garçon avait été accepté par la fondation et était sur le point de partir pour le Japon pour vivre l’expérience Walt Disney. Il a vu un reportage à la télé qui parlait des enfants des tribus des montagnes en Thaïlande qui n’avait pas accès à l’éducation. Il s’est mis à réfléchir et s’est trouvé privilégié de toujours avoir pu étudier bien que côté santé il ait été plutôt malchanceux. Bref, il a pris sa bourse de 10 000$ et son vœu est devenu celui d’aider d’autres enfants comme lui. Qui dit mieux?
Par d’autres levées de fonds, Kathleen et Billy ont amassé un autre 15 000$ et ont pu fonder Baan Phonsawan. Aujourd’hui la maison est dirigée par des sœurs. Billy et Kathleen repartiront aux US l’an prochain parce que leur groupe missionnaire (Maryknolls Lays Missioners)qui a été trop affecté par la crise économique a choisi de ne maintenir qu’un pays de mission dans le Sud Est asiatique soit le Cambodge. Ou seront-ils appelés à servir? Missionnaire un jour, missionnaire toujours!

Ou est mon appel?
J’ai finalement choisi de m’impliquer à la Maison Wild Flower à Chiang Mai auprès des mères célibataires. Elles vont y passer environ 6 mois à 1 an pour projet ou elles développent des habiletés au travail(jardinage, couture, ordi,artisanat,etc) et aussi une estime personnelle. Elles parlent presque toutes thaï malgré leur différence provenance : tribus des montagnes, réfugiées Birmanes ou Laotienne, et Thaïes. L’assistante directrice est Thaïe et m’aidera en ce qui concerne les liens avec les organismes gouvernementaux. Je serai en charge du counseling individuel et de groupe. La maison est situé en pleine nature à 12 km de Chiang Mai et pleinement écologique. J’y vivrai la semaine et la fin de semaine ou certains soirs je retournerai en « ville » (2000 habitants) pour continuer mes études de thaï ou faire des activités telle que l’escalade…(eh oui j’ai enfin trouvé deux centres d’escalade) et des possibilités hors de la ville pour activités-nature. Il y a plusieurs communautés religieuses impliquées à Chiang Mai et principalement avec les tribus des montagnes. Possiblement parce que ce sont les sans-droits tout comme les réfugiés le sont. Toutefois à part l’autre projet à Pakkret avec les enfants des slums que je zieutais et quelques autres avec des personnes impliqués avec les handicapés Thaïs, il semble difficile d’entrer dans le cœur profond d’un Thaï malgré l’apparence toujours amicale et joviale. On dit qu’il est difficile d’avoir un véritable ami Thaï et ce même après 10 ou 20 ans. Il semble que les premiers missionnaires débarqués il y a plus de 350 ans ont fini en steak haché (après vérfication il semblent que ce soient les gentils Birmans qui ont faits le coup et pas les gentils et pacifiques Thais). Pourtant François Xavier, patron des missions, avait intuitionné le Royaume du Siam comme une de ses prochaines missions. Il est malheureusement décédé avant. Alors comme vous voyez il me reste des tonnes de choses à découvrir et c’est exactement pour ça que je vais là bas.

Si ça vous dit de faire comme ce petit garçon pour Noel, juste à cliquer sur le lien à votre droite pour Wild Flower Home et vous pouvez faire un don en ligne. Gros merci!

Bon temps des fêtes...j'avoue que le ragoût de boulettes et les tourtières commencent à me manquer!

dimanche 1 novembre 2009

Sauvez Thyvia!



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Depuis maintenant janvier dernier, j’ai commencé mes implications au centre des réfugiés de Bangkok (2 après-midis par semaine) et à Wat Prok (1 après-midi par semaine). Comme c’est un rythme plutôt lent, comprendre le fonctionnement de ces deux endroits est venu tout doucement au fil du temps tout comme le fait de créer des relations. J’ai été étonnée que pendant mon deux semaines à l’extérieur pour mon discernement, Thyvia m’a laissée un mot sur Facebook, Khun Ta, ma boss m’a téléphonée alors que j’étais en retraite juste pour me dire bonjour et Feza, une jeune chercheuse d’asile Congolaise, m’a signalée que ça faisait longtemps qu’elle ne m’avait pas vue. Petit à petit, j’ai pris conscience des liens qui s’étaient créés au fil du temps alors que bien souvent je me suis sentie seule dans mon appartement de Bangkok. Je n’étais pas si seule que ça. Quand je suis revenue au BRC, j’avais rapporté des khanom (friandises) de Chiang Mai et tout le monde est venu prendre un moment pour jaser. Thyvia avait ses grands yeux bruns avec des étoiles se réjouissait pour moi. On était supposé travailler ensemble cet après-midi là. Vous vous rappelez? Thyvia a 17 ans et est mon interprète Tamil. Elle est brillante, drôle, mature. Vous pouvez la voir tout à droite de la photo. On s’est préparé cet après midi là à aller visiter deux de ses compatriotes nouvellement reconnus comme réfugiés, mais bon pour des questions de logistiques, ça n’a pas été possible et on a remis ça au lendemain. Ce que je ne savais pas c’est que c’était la dernière fois que je voyais Thyvia. Quand je suis arrivée, le lendemain, Sawanna, son amie me dit : « Thyvia a été arrêtée. » Le choc devait être trop grand puisque je n’ai pas compris la suite. Je suis entrée en trombe dans le bureau de Khun Ta : « Qu’est ce qui s’est passé ». « La police thaïe s’est rendue aux deux buildings où vivaient beaucoup de réfugiés du Sri Lanka et a arrêté 45% des gens y vivant (ce qui veut dire 30 adultes (on compte les ados là-dedans) et 22 enfants). Ils y sont allés avant 8hres du matin car ils savent que les réfugiés viennent au centre des réfugiés à compter de 8:30, et que là ils ne peuvent les toucher. La mère de Thyvia était à l’hôpital avec son frère et y ont échappé. Ils ont arrêté Thyvia, ses trois soeurs de 15,12 et 6 ans et son père. Les officiers de UN sont allés pour plaider leur cause, mais la police refusent de relâcher qui que ce soit car ils sont considérés comme illégaux peut importe qu’ils soient chercheurs d’asile ou réfugiés reconnus par l’UN (la Thaïlande a refusé de signé la convention de 1967 qui a pour but d’assurer la protection des réfugiés donc ils peuvent faire ce qu’ils veulent.). » J’étais à l’envers. Elle passera peut-être 2 ans, 5 ans, 10 ans en prison. Elle qui rêvait d’être avocate (et qui a tout le potentiel). Amir, mon interprète Somalien me dit quand il me voit : « Ton amie a été arrêtée », et j’ai réalisé combien j’étais attachée à Thyvia et je me suis dit : « Ouais, c’est ça, c’est exactement ça. Elle a beau n’avoir que 17 ans, elle est mon amie. Qu’est ce que je peux faire pour mon amie? »
Plus tard, Mel, une partenaire laïque Philipina m’appelle pour être sûre que j’ai la nouvelle. Elle va régulièrement au Centre de détention pour immigrants pour visiter tous ces prisonniers traités comme des criminels alors qu’ils sont des victimes. Ils ont quitté un pays ou ils craignaient pour leur vie et ici on les emprisonne. J’ai rapidement acheté des effets personnels (shampoo, savon, serviettes hygiéniques) et une carte d’appel pour téléphone publique à lui remettre. Les prisons de Thaïlande n’ont rien à voir avec nos prisons canadiennes (louez Bridget Jones 2). Et je me suis dit que je vais communiquer avec elle toutes les semaines à défaut de pouvoir aller la visiter (les visites sont à 11h et je suis à l’école) et je lui laissée un bloc-note et un stylo reçu de l’évêque de Chiang mai pour qu’elle me fasse savoir comment elle va via Mel(j’espère que la bénédiction épiscopale va lui porter chance). Mel m’a confirmée qu’ils étaient passés en cours et que pour sortir ils devaient payer 5000 baht (160$) par personne ce qu’ils n’ont pas. Ils sont 100 femmes et enfants dans une cellule d’environ 8m x 8m et trois toilettes thaïes (assis en ti bonhomme). Les questions ont commencé : « Peut-être que je devrais manquer l’école et aller la voir » « Si je regarde bien mes économies peut-être que je pourrais faire libérer Thyvia et ses sœurs, mouais, mais pourquoi elles plus que d’autres? Juste parce que je les connais? Oui mais Jésus ne me demande pas de sauver tout le monde, mais peut-être juste une personne. Qu’est ce que je dois faire? ». Je suis encore à méditer là-dessus et pendant ce temps toutes les semaines, je fais parvenir un petit quelque chose pour la soutenir.
La semaine d’ensuite, son copain (secret : ses parents ne sont pas au courant, vous bous rappelez) et son frère sont venus me jaser. Ils ne peuvent aller visiter la famille puisqu’ils risquent d’être arrêtés eux aussi. Ils m’ont informée que la mère de Thyvia s’est rendue d’elle-même aux autorités policières ne voulant pas laisser seule ses 4 filles. Mon collègue Thai ayant travaillé longtemps au Centre de Détention me dit que parfois ils seront envoyés plus rapidement dans un pays d’accueil suite aux pressions des Nations Unies sur ces pays (Canada, Australie, États-Unis, etc) puisque leurs droits humains sont bafoués. Plus vite, ça veut dire au minimum 2-3 ans au lieu de 5 ou 10, peut-être. Donc mon dilemme concernant leur libération devenait encore plus embêtant. Mon amie Sushil, avocate en droits humains et volontaire pour l’organisme Asylum Access, m’a confirmé ces faits de même que même si on avait l’argent pour les faire libérer, la police refuserait, une histoire de quotas.

Ces arrestations ont eu lieu le 20 octobre, trois jours avant le début du sommet de l’ASEAN. Il fallait faire le grand ménage avant de recevoir la visite. L’ASEAN qui est supposé favoriser le développement social et les droits humains dans les pays du Sud-Est asiatique. Toutefois il semble que lorsque les gens de l’Occident ont jeté un coup d’œil à cette entente, rien n’était clair et pour cause. Imaginez, le Myanmar qui accuse la Thaïlande de maltraiter les réfugiés qu’il a créé dans son propre système, ou la Thaïlande qui accuse le Cambodge de trafic humain alors que des Thaïs vont chercher des personnes estropiées par l’explosion de mines anti-personnel au Cambodge pour les faire quêter sur la rue, ou pour du tourisme sexuel pour ceux qui ne sont pas estropiés. Tous ont un ti kekchose à se reprocher et personne n’est prêt à reconnaître que ce qu’ils font n’a pas d’allure. Je n’ai pas vu d’article en lien avec l’arrestation massive des refugiés. On était plus préoccupé à savoir si les chemises rouges allaient encore foutre le bordel lors du sommet de l’ASEAN prise 2. Ils supplient toujours le roi d’accorder le pardon à Thaksin (qui doit faire deux ans de prison pour corruption). Et comme le roi, c’est important ici, on est assez préoccupé et on ne veut un autre coup d’état bien sûr.
Je vous demande de prier pour Thyvia et sa famille.

Pour ma part, j’ai pris ma décision pour mon engagement mais j’attends la confirmation avec mon supérieur, donc patience!!
Andrée