dimanche 26 octobre 2014

Un goût d'Asie...ici! Recette de la Soupe Tomyam

Voilà maintenant 2 ans que je suis revenue au Québec, avec un goût d'Asie ou du moins un héritage du Pays du Sourire qui est toujours en processus d'intégration dans ma vie quotidienne d'ici. Voir l'Orient, l'Autre Côté de notre monde ne peut faire autrement que de changer notre coeur et la lunette à travers on regarde le monde. Il y a les choses évidentes que l'on sait que l'on a vues, entendues, apprises, discutées avec les gens là-bas. Puis il y a celles qui se sont insérées en nous sans qu'on le sache, comme par osmose, juste par le fait qu'on a été là-bas. Celles-là elles sont plus difficiles à comprendre même pour soi, et elles sont encore plus difficiles à traduire pour ceux qui veulent entendre parler de notre expérience. Les mots qu'ils soient en français, en anglais, en espagnol ou en thaï ne traduisent pas tout. Le silence est parfois là où je ressens que quelque chose a changé en moi sans que je ne puisse exprimer sa signification. L'expérience change notre façon d'être d'abord pour soi, comme si on côtoie une autre partie de soi parce qu'on a côtoyé une autre partie du monde. Donc, je suis encore à me redécouvrir. Ça a certainement ouvert mon esprit et mon coeur à ce qu'il n'y a jamais rien de certain, mais que tout se bâtit à partir du présent et que rien n'est un hasard, sinon une route pour avancer et apprendre. Que les gens rencontrés, nous sont donnés et que nous sommes appelés à tirer le meilleur d'eux et même à faire émerger d'eux le beau qu'ils ne voient pas en eux. C'est parfois un combat. Il y a parfois des déchirures et des violences à l'intérieur de soi qui ne se disent pas dans le choc culturel. La patience, aller avec le temps et non pas provoquer les événements, a été une révélation, une sagesse dont je retire encore les bienfaits. Avoir confiance que tout arrive à point et rester connecté sur ses intuitions profondes plutôt que de s'entêter à avoir raison. Entre la tête et le coeur, voilà où j'en suis. Accueillir la vie et les gens sans tout comprendre, se laisser porter et bâtir à partir de ce qui nous est donné. Enfin, je ne m'étendrai pas plus longtemps sur le sujet, mais je vous propose la recette que j'ai cuisinée le plus souvent depuis mon retour et qui m'amène toujours à raconter quelques anecdotes de cet espace-temps au Soleil Levant autour de sa préparation. Je dis toujours qu'elle est source de partage comme les Thaïs me l'ont enseigné. Une des valeurs importantes pour les Thais est avoir un nam (eau) jay (coeur), que l'on pourrait traduire par compassion, considération, bienveillance, générosité, intérêt pour l'autre, être là pour l'autre. Bref par trop de mots qui ne le traduisent peut-être pas vraiment.

Allez! À la soupe!
Andrée:)


SOUPE TOM YAM pour environ 4 personnes

Ou ce que j’appelle le khuythiaotomyam (ghung ou ghay)
Khuythiao= nouilles
Tom=bouilli
Yam=salade
Ghung=crevette ou ghay=poulet


La base de la soupe
Un contenant de 900ml de bouillon de poulet
Un bte de conserve de lait de coco
3-4 petits oignons rouges ou 1 oignon rouge moyen hachés
1 bâton à 1 et demi bâton et demi de citronnelle tranché en rondelle
2-3 à feuilles de lime kaffir*
2 à 3 tranches de galangal* (gingembre thaï; ne goûte pas comme le gingembre régulier)
2-3 c. à soupe de jus de lime
1 à 2 piment(s) thaïs* (encore là, chaque piment a sa saveur. Le piment thaï ne goûte pas comme le jalapeno ou le habenero, allez y selon votre tolérance à l'épicé)
1 demi ou 1 sachet de base tomyam ou 2 cubes de bouillon tomyam*
1 à 2 c. à soupe de pâte de crevettes aigres
Sauce soya salé et/ou sauce de poisson au goût
Sauce soya sucré* ou sauce hoisin 1 à 2 c. à soupe
1 demi bouchon de vinaigre de riz*

Vous pouvez ajuster tous ces ingrédients à votre goût personnel. C’est ce que j’ai fait au fil du temps. Le secret d'une recette thaï est qu'il doit y avoir les saveurs sucrée, salée, épicée (piquante) et aigre (vinaigrée et/ou sûre comme le citronné)

*Marché Asiatique Sena, 3096, boul. Cartier Ouest, Laval. Ça sent l’Asie pour vrai !

Autres ingrédients :
Nouilles de riz
1-2 tomates
1 demie barquette de champignon
ou autre légumes
Crevette ou petits morceaux de blanc de poulet déjà cuits

Garniture
Échalotte
Coriandre

Amener à ébulliton la base de la soupe puis laisser mijoter 15 minutes. Pendant ce temps, faire bouillir de l’eau dans une bouilloire et ébouillanter les nouilles de riz  (1 demi-paquet) dans un plat que vous pouvez couvrir. Laisser tremper environ 20 minutes.


Couper en dés des champignons et de tomates
Préparer les crevettes ou le poulet

Quand la base de la soupe aura mijoté 15 minutes, retirer à l’aide d’un tamis les morceau de galangal et citronnelle qui peuvent être difficiles à mâcher et peuvent étouffer les enfants.

Ajouter les tomates, champignons, poulet ou crevettes et laissez mijoter 5 minutes. Les légumes doivent être croustillants.

Égoutter les nouilles de riz.

Mettre les nouilles au fond d’un bol, y ajouter la soupe et garnir de coriandre et échalotte au goût.





jeudi 8 décembre 2011

À la veille de Noel…

L’amour va naître dans un petit être vulnérable, et terminera vulnérable sur la croix.

Bien qu’en mission, on ne compte pas les conversions, j’ai toujours un petit sourire quand je vois telle ou telle fille nous emprunter à notre insu un Nouveau Testament, ou aller à l’église protestante ou catholique le dimanche parce que ce sont des enseignements humains. Elles sont touchées par le fait que les organisations qui les supportent dans leur choix à garder leurs enfants soient chrétiennes. Elles sont reconnaissantes qu’elles aient pu avoir accès à l’éducation par les groupes chrétiens qui ont accepté de les prendre en charge alors que dans leur village aucune éducation n’est possible parce que le gouvernement ne privilégie pas les tribus des montagnes. Bien qu’il n’y ait aucun prosélytisme à Wildflower Home, certaines de nos femmes dans le silence ont commencé un cheminement chrétien. Chacun vit sa foi, qu’elle soit chrétienne ou bouddhiste, dans le respect de l’autre et nous laissons à chacun le droit de célébrer selon ses coutumes et nous joignons les célébrations des uns et des autres.

En cette veille de Noel, priez pour tous ces enfants conçus et non-désirés pour qu’ils puissent être acceptés et aimés.


L'Amour est premier en toute chose!

Bon temps des fêtes!

Andrée:)

dimanche 25 septembre 2011

En rafale...


Thyvia…la suite

Voir l’article ‘Sauvez Thyvia’, novembre 2009

Beaucoup d’entre vous ont été touchés par l’histoire de Thyvia, cette jeune Sri Lankaise de 17 ans qui avait été emprisonnée avec 5 autres membres de sa famille quand un bon matin, la police Thaïe avait tout simplement décidé d’arrêter sans aucun motif les réfugiés résidant dans ce building. Thyvia m’a envoyée un courriel dernièrement. Sa famille a réussi a amassé l’équivalent de 50 000baht (1700$CAN) par membre pour obtenir une liberté sous caution. Elle est à Bangkok alors que je suis à Chiang Mai (10hres de route), et j’essaie d’entrer en contact avec elle. Un de ses frères aîné qui n’avait pas été arrêté par la police a pour sa part été reçu comme immigrant politique aux Etats Unis.


Saviez-vous que…

Il y a plusieurs tribus qui migrent en Thaïlande en provenance du Laos et de la Birmanie depuis plus d’un siècle. Certains membres de ces tribus sont toujours illégaux, et parce que ces tribus habitent des places reculées, le gouvernement Thaï ne priorise pas leur éducation. Je vous ai parlé dans un précédent article des femmes de la tribu des Hmong que nous accueillons très

souvent. Dernièrement, j’ai consulté une avocate Thaïe afin de vérifier les droits d’une de ces femmes qui après être retournée dans son village, forcée de vivre avec un mari choisi par son père et pour lequel elle n’a aucun sentiment, avait commis une tentative de suicide. L’avocate m’a dit : ‘Elle a fait son choix. Elle est retournée là-bas.’ J’avais beau expliqué qu’elle avait été forcée et qu’elle était divisée entre quitter, vivre seule, sans famille et sans moyens financiers, à contre-culture, ou à tout le moins être malheureuse mais avec des gens pour la supporter, du moins matériellement. L’avocate, toujours de cet air détaché m’a répondue : ‘Les femmes Hmong sont celles qui commettent le plus de suicide car elles n’ont aucun droit. Les hommes ont tous les droits.’ Je suis sortie du bureau abasourdie. Elle m’a aussi fortement recommandée de ne pas aller me montrer la fraise au village pour aider cette femme et m’a suggérée de monter un groupe dans le même village pour aider ces femmes à se faire entendre et respecter…euh , je suis un peu confuse là !


Démocratie & Empowerment

Détruire quelqu’un peut se faire en quelques secondes, construire quelqu’un prend toute une vie.’


Dans la culture Thaïe, on ne confronte pas une personne en autorité. La personne en autorité a le droit d’écraser et d’humilier comme elle le veut : elle a raison et vous avez tort. Dans les écoles on assiste à des scènes ou les

enseignants engueulent/humilient les étudiants et la punition physique est encore de mise, bien qu’interdite depuis quelques années selon le code de loi. À WH, lorsque les femmes ne veulent pas collaborer nous avons un système et de règles et conséquences qui a pour but de les faire réfléchir et les responsabiliser. On prend le temps de discuter avec elles, et s’il faut être ferme pour la croissance de la femme nous le faisons en la privant d’un privilège. D’autres fois, nous laissons une seconde chance.


Dernièrement, les femmes étaient insatisfaites de notre responsable des femmes, celle qui est ma précieuse collaboratrice et organise leur travail. Elle a grandi en Thailande tout comme elles. Quand une femme a la chance de devenir une leader dans notre communauté parce qu’on lui reconnaît certains talents, elle va généralement refuser. Pourquoi ? Parce qu’elles craignent la jalousie des autres. Parce que lorsqu’elles deviennent leader, comme beaucoup d’entre nous, équilibrer ce qui relève de la tâche d’autorité et préserver une bonne relation sans se gonfler l’égo est un défi de taille. Bref, les femmes entrent souvent en conflit avec notre responsable des femmes qui pleine de bonne volonté et d’humilité s’ajuste.


Les femmes étaient insatisfaites et nous ont écrit une lettre. Elizabeth et Michael, les fondateurs ainsi que moi-même, nous nous sommes assis pour les écouter. La lettre était anonyme ; personne ne voulait en prendre responsabilité…probablement par peur de se faire rabrouer par nous, l’autorité. J'ai dit: 'Écoutez les filles, on ne peut pas régler le problème si je ne sais pas qui a écrit la lettre: si c'est une personne, on parlera avec cette personne pour voir comment on traite la situation, si vous êtes plusieurs, on va regarder ça ensemble.' Petit à petit, les femmes ont admis avoir toutes pris partie à la lettre. Nous leur avons donné la possibilité de donner leur opinion qui évidemment concernait surtout les insatisfactions. Après avoir fait la liste des points à corriger, je leur ai demandé : 'quelles sont les forces de notre responsable des femmes ?' Silence. Les yeux fixent le sol. ‘Come on les filles, il faut être honnête ici. Chaque trois mois, vous avez votre évaluation, et on ne s’attarde pas que sur vos points faibles, mais on identifie vos forces sur lesquelles vous pouvez bâtir’. Silence. Puis tranquillement, un pied en avant, un pied en arrière, elles ont nommé les forces de notre responsable des femmes, pour un regard plus juste. Détruire quelqu’un peut se faire en quelques secondes, construire quelqu’un prend toute une vie.


Nous avons souvent donné la parole aux femmes, mais elles ne l’ont jamais prise certainement pour des questions culturelles. Elles disaient :’ Andrée (Elizabeth, Michael), c’est comme vous pensez.‘ Cette fois, elles se sont affirmées et ont été écoutées. La démocratie ne peut être imposée par le haut, elle doit venir de la base, et j’en ai eu la preuve concrète ce jour-là.


Elles ont proposé qu’une fois par mois, elles puissent évaluer un des membres du personnel…on attendait cela de leur part depuis des mois leur disant chaque que tous les membres de notre communauté ont besoin de connaître leurs pistes de croissance.


En me couchant ce soir-là et priant Jésus, je lui ai dit : 'J’espère que ça va vraiment dans le sens de ce que ces filles ont besoin et de ce que tu t’attends de nous de faire. J’espère que nous ne sommes pas aller à contre-culture ou avons essayé d’imposer notre manière de faire occidentale. Donner une voix et droits à ceux qui n’en ont pas, c’est bien ça que tu nous demandes de faire ?'


Andrée:)